Il y a quelques jours, j’ai publié un post dans lequel je disais que mes parents étaient des losers et une personne a commenté pour me dire que j’étais « dure ». Quand je lui ai demandé dure pour qui, en lui rappelant qu’elle n’avait absolument aucun élément pour juger mon histoire, elle a répondu que je faisais une « tempête émotionnelle ». Puis elle a supprimé ses commentaires.

Ce genre de réaction est extrêmement révélateur. D’abord, remettons les choses à leur place. Ce que je partage concerne ma vie, mes expériences, mon histoire. Je n’ai besoin de la validation de personne pour en parler, je n’ai pas à l’édulcorer et je n’ai pas à la rendre acceptable ou confortable pour des inconnus.
On nous répète souvent que le silence serait une preuve de maturité, que ne rien dire montrerait qu’on est « au-dessus de ça » et qu’il faudrait rester mesurée, mystérieuse et détachée mais cette idée est profondément malhonnête parce que dans la réalité des choses, demander à quelqu’un de se taire sur ce qu’il a vécu revient très souvent à lui dire : supporte ce qui t’est arrivé sans déranger personne.
Dire « tu es dure », ce n’est pas une observation neutre. C’est une injonction camouflée. C’est une façon déguisée de dire : « ce que tu dis me met mal à l’aise, donc ajuste-toi. ». Et le plus révélateur, c’est la forme. La flopée d’émojis, le ton faussement doux et l’enrobage prétendument « bienveillant ». Mais ce n’était pas une tentative de compréhension. C’était une tentative de correction pour rendre mon propos plus acceptable, plus lisse et plus confortable pour elle. Et sa dernière réponse le confirmait sans ambiguïté : « Oh, elle nous fait une tempête émotionnelle. Câlin bichette ». Fuck you, va faire des câlins à tes parents.
T’es la police des émotions?
Ce commentaire servait à transformer ce que je disais en une réaction excessive et infantile pour ne surtout pas avoir à regarder le fond. Ce n’était pas de l’ironie légère. C’était une manière de détourner la conversation et de la vider de sa substance. Autrement dit, si elle me répond comme à quelqu’un d’émotif et de disproportionné, elle réduisait la charge de mon propos. Eh ben, t’es tombée sur la mauvaise personne.
Unfortunately for you, mes émotions, je les assume pleinement. Elles ne sont ni une faiblesse ni un manque de contrôle. Elles sont la réponse normale d’un être humain qui a vécu des choses difficiles et qui refuse de les minimiser pour rassurer des étrangers sur internet.
Et si cette personne a supprimé ses commentaires, c’est parce qu’elle savait exactement ce qu’elle faisait. Elle a testé, elle a échoué et elle s’est retirée. Mais le problème reste entier : cette logique du « sois plus douce, sois plus mesurée, n’en fais pas trop » est partout. Et elle sert toujours les mêmes intérêts.
Ils n’avaient qu’à être de meilleurs parents
Quand on grandit dans un environnement toxique, dysfonctionnel ou négligent, on passe souvent des années à se demander si on a le droit de nommer les choses. On doute. On se dit qu’on exagère peut-être, qu’on dramatise, qu’on est ingrat. Et puis un jour, on réalise que non. Que ce qu’on a vécu était réel, que les conséquences sont réelles et qu’on a parfaitement le droit de le dire sans demander la permission.
Appeler mes parents des losers, n’est pas une opinion. C’est un fait. Et je n’ai pas à l’emballer dans du papier cadeau pour le rendre digeste. Ce n’est pas mon travail de protéger l’image de personnes qui ne m’ont pas protégée, ni de ménager la sensibilité de gens qui projettent leurs propres tabous sur mon histoire.
Alors oui, je suis dure. Et alors? Être dure n’est pas un défaut quand on a dû le devenir pour survivre. Et surtout, je ne dois à personne ni gentillesse forcée, ni discours lissé, ni performance de guérison parfaite et sereine.
Votre inconfort n’est pas mon problème
La société aime les victimes qui se taisent. Qui souffrent en silence. Qui « passent à autre chose » sans faire chier personne. Qui pardonnent avec grâce. Qui restent douces et compréhensives malgré tout. Moi je ne suis ni douce ni compréhensive. Mes parents n’ont pas fait de leur mieux, et s’ils l’ont fait, leur mieux c’était de la merde.
La phrase « le linge sale se lave en famille » est l’une des stratégies collectives les plus efficaces pour maintenir des systèmes dysfonctionnels en place. Parce que soyons honnêtes deux secondes. Vous pensez vraiment que la famille ne sait pas que son frère est irresponsable, violent, absent ou abusif? Vous pensez vraiment que tout le monde tombe des nues quand quelqu’un ose enfin le dire à voix haute? Évidemment que non.
Mais quand tout un système est composé de personnes qui ont normalisé la médiocrité, l’abus, la violence ou l’évitement, le problème n’est plus l’abus. Le problème devient celui qui le nomme. Dans une famille dysfonctionnelle, celui qui parle devient instantanément le danger. Pas parce qu’il ment, mais parce qu’il menace l’équilibre artificiel basé sur le déni et dire la vérité dans ce contexte, ce n’est pas être dure. C’est rompre un contrat tacite avec l’art de faire semblant et de protéger les apparences.
C’est parce que les enfants se taisent que des familles dysfonctionnelles continuent de perpétuer leur cirque génération après génération. Le silence a permis et continue de permettre aux parents défaillants de rester «respectables», aux oncles abusifs de ne pas être confrontés à leurs abus, aux tantes toxiques de jouer les victimes et à tous ces adultes immatures de ne jamais se remettre en question.
Quand quelqu’un parle de « tempête émotionnelle », ce n’est pas un diagnostic. C’est une tentative de disqualification. Une façon sournoise de dire : «si je pathologise ton émotion, je n’ai pas à écouter ton message» or, il n’y a rien d’immature à exprimer une émotion quand elle est cohérente avec les faits.
La maturité émotionnelle, ce n’est pas l’absence d’émotion. C’est la cohérence entre ce qui a été vécu et ce qui est ressenti. Et moi je suis tellement alignée qu’on pourrait en faire un théorème.
!!!
Dans les dynamiques dysfonctionnelles, on protège le système, pas l’enfant. On protège l’image. On protège le mensonge collectif. On protège les adultes, même quand ils ont tout foiré. Et l’enfant, lui, apprend très tôt que sa douleur est “trop”. Alors il ravale. Il minimise. Il apprend à sourire même quand ça fait mal et plus tard, quand cet enfant devenu adulte ose enfin dire les mots (abus, négligence, violence, abandon), on lui ressort les mêmes injonctions qu’autrefois, mais emballées dans du vocabulaire pseudo-mature tel que : “tu devrais prendre de la hauteur”, “tu devrais pardonner » qui veulent dire en vrai : reviens dans le silence. Tu nous mets mal à l’aise.
Soyez mal à l’aise au fait
Moi, j’ai déjà payé le prix du silence. Et il était beaucoup trop élevé. Il m’a coûté ma sécurité émotionnelle et des années de confusion, de colère étouffée et de culpabilité qui n’était pas la mienne.
Alors non, je ne vais pas me taire pour que des inconnus puissent continuer à projeter leur fantasme de “famille respectable”. Et ce que je vais encore moins faire, c’est arrondir les angles ou être moins dure pour protéger des gens qui ne m’ont jamais protégée. Dire que mes parents sont des losers n’est pas une insulte jetée sous le coup de l’émotion. C’est une conclusion fondée sur des faits, des choix et des comportements répétés.
Ce que les gens oublient c’est qu’être parent, ce n’est pas juste mettre un enfant au monde. C’est être capable de le protéger, de l’écouter, de se remettre en question et de réparer quand on fait mal. Et quand tu échoues à ça de manière systémique, chronique et destructrice, oui, t’es un énorme loser. Et non, le titre de “parent” ne te donne pas d’immunité morale.
Et si ça choque, tant mieux. Parce que ce choc, c’est peut-être le début d’une réalisation chez quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui, en lisant ça, se dira pour la première fois : “wow… moi aussi.” D’ailleurs le jour là, j’ai reçu énormément de messages de personnes ayant vécu des parents similaires aux miens. Et si mon refus du silence donne à une seule personne l’autorisation intérieure de nommer l’indicible, alors ma soi-disant “tempête émotionnelle” aura été mille fois plus utile que tous les silences polis du monde.
Comprenez ou ne comprenez pas, mais sachez un truc sur moi. Je ne cherche pas à être aimable, aimée ou sympathique, je ne cherche pas à être validée et je ne cherche pas à être un modèle de résilience Instagram. Si vous avez besoin de récits édulcorés, de témoignages bien emballés ou de souffrances racontées avec distance et élégance pour pouvoir hocher la tête sans être bousculés, vous êtes au mauvais endroit.
Fuck off au fait!