
Je suis à Lomé depuis le début de l’année et je me rappelle qu’il y a quelques années, j’avais fait un article sur les choses que j’aimais y faire, mais comme depuis j’ai perdu l’intégralité de mon contenu (argghhhh, 10 ans d’articles évaporés), je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de le refaire. Et puis comme certaines choses ont changé entre temps aussi, ce n’est pas une si mauvaise idée que ça de refaire une mise à jour.
Lomé c’est ma ville de naissance. J’y ai grandi et habité jusqu’au début de ma vingtaine donc cela va sans dire qu’elle est ancrée en moi. La majorité de mes souvenirs d’enfance y sont rattachés et c’est marrant de voir que même si beaucoup de choses ont changé, rien n’a vraiment changé. C’est assez rassurant pour l’autiste que je suis de retrouver les mêmes repères mais mon côté hyperactif se demande des fois ce que je trouve à cette ville. On dit que c’est une ville qui bouge mais en toute honnêteté, je trouve qu’elle bouge comme la planète Vénus.
Je dis souvent à mes amis que Lomé n’est pas une ville trépidante comme ses voisines. Ici, les gens sont chaleureux certes, mais la vraie chaleur, c’est à toi de la créer chez toi. Si t’as un bon cercle d’amis et/ou une vie de famille, une routine carrée et des choses prévisibles à faire, Lomé est la ville parfaite pour se poser et s’occuper de sa vie. Dans le cas contraire, allez plutôt tenter votre chance dans les villes à côté qui bougent vraiment comme Accra, Abidjan, Dakar ou encore Cotonou.
Le weekend dernier encore, on était sorties avec ma meilleure amie et on s’est rendues compte que ce n’était définitivement pas non plus la ville idéale pour faire la fête. Après, ce n’est que mon avis. Et puis Lomé reste quand même un cadre de vie agréable par rapport au climat, à la qualité de vie et à la tranquillité relative qu’on y trouve. Elle reste encore une ville à taille humaine où on peut se déplacer sans passer trois heures dans les embouteillages, où la mer est accessible et les prix des produits locaux abordables. En bref, c’est une ville qui te laisse vivre sans te bouffer toute ton énergie si tu sais quoi y faire. Et moi, je sais quoi y faire, et voilà ce que j’aime y faire.
1- Me balader dans la ville et flâner le long de la Marina

C’est probablement l’activité la plus évidente quand on connait mon amour pour la mer et la marche. J’aime me perdre dans les rues de Lomé sans destination précise, regarder la vie des quartiers qui se déroule tranquillement et m’arrêter auprès des marchandes de nourriture pour tout goûter sur mon chemin. Koliko, brochettes, bouillies, noix de coco… Tout y passe. Il y a quelque chose de méditatif dans ces balades sans but que mes ami(e)s ne comprennent pas quand je les embarque avec moi, mais que je pense qu’ils/elles finissent par apprécier quand même, ne serait-ce que pour les repas improvisées et les fous rires.

Et bien sûr, il y la mer. Que ce soit tôt le matin quand le soleil se lève ou en fin d’après-midi quand la chaleur devient plus supportable, flâner le long de la marina reste pour moi un plaisir simple mais efficace. Il a beau avoir changé au fil des années, l’océan lui est toujours là, les cocotiers aussi, fidèles au poste. Ce que j’aime c’est la longer pour observer l’architecture qui mélange maisons coloniales délabrées, bâtiments qui existent depuis mon enfance et nouvelles constructions en cours. Il n’y a rien de profondément spectaculaire mais c’est exactement ce qui me plaît.
2- Aller jouer au tennis

Le tennis me donne un exutoire pour canaliser toute cette énergie qui me caractérise et il faut dire que perdre la main n’est pas une option pour moi, peu importe où je me trouve sur le globe. Et puis il y a quelque chose d’assez intense à jouer sous le soleil togolais et à transpirer à grosses gouttes dès le premier set que j’adore.
Je joue très tôt le matin, bien avant que le soleil ne soit levé mais je finis toujours en nage. L’humidité loméenne ne pardonne pas. C’est presque un autre sport mais au final c’est toujours cette même sensation que je recherche et retrouve : le bruit de la balle et cette concentration totale qui fait oublier tout le reste.
Et puis ça me permet aussi de rencontrer des gens en dehors de mon cercle habituel. Des joueurs de tous niveaux, ceux qui comme moi qui viennent taper la balle avant d’aller au boulot, des jeunes qui veulent devenir pro ou des retraités qui ont tout leur temps. On échange quelques balles, on discute entre deux sets, on se donne rendez-vous pour la prochaine fois. C’est une petite communauté sympa et dans une ville comme Lomé où les cercles ont tendance à rester fermés, c’est précieux.

3- Trainer au marché
Je ne suis pas particulièrement fan des foules mais j’aime bien me perdre au grand marché ou dans les dédales du grand marché ou de Hédzranawoé. C’est là que tu sens vraiment le pouls de la ville. Entre les mamans qui crient pour attirer les clients, les discussions qui fusent en éwé et en mina, le ballet chaotique des porteurs qui slaloment entre les étals avec leurs charges impossibles, les pyramides de piments ou de pastèque, les bassines remplies de crabes vivants… C’est le chaos organisé dans toute sa splendeur.
Et puis il y a cette chaleur écrasante, étouffante, qui te colle à la peau et qui pour moi est le prétexte parfait pour boire de l’eau de coco. Chose que je fais systématiquement quand je suis dehors.

4- Découvrir les nouveaux spots culturels
Lomé n’est pas Abidjan ou Dakar en termes d’offre culturelle, mais elle a développé une petite scène artistique et culturelle ces dernières années et c’est encourageant de voir cette dynamique émerger. ll y a une vraie volonté de la part de la nouvelle génération de créer des espaces alternatifs et de proposer quelque chose de différent. C’est rafraîchissant de voir que malgré la lenteur générale de la ville, il y a quand même des gens qui essaient de bouger les choses, de créer et d’innover.
5- Passer du temps de qualité avec mes proches

C’est peut-être banal à dire, mais c’est probablement ce que je préfère faire à Lomé. Retrouver ma famille et mes ami(e)s qui me connaissent par cœur. Les longues discussions qui s’éternisent, les rires, les souvenirs qu’on ressasse pour la énième fois mais qui nous font toujours autant rire. Ces moments où on ne fait rien de spécial mais où on est juste bien ensemble. C’est ça aussi le luxe de Lomé : avoir le temps pour les gens qui comptent vraiment.
6- Aller manger aux Nuits d’Orient
Ce restaurant libanais est mon restaurant préféré de la ville. Il existe depuis mon enfance et n’a pas changé, ou si peu. La déco un peu datée, l’ambiance familiale, chaleureuse et surtout les mezze, le houmous crémeux, les grillades parfaitement assaisonnées et le pain pita si moelleux sont ce qui me fait revenir encore et encore. J’ai été déçue de voir que la taille des pains avait changé mais ça reste réconfortant de retrouver les mêmes visages, le mêmes saveurs et cette constance dans un monde qui change trop vite.

7- La nourriture en général
Parlons franchement : si je devais faire une liste des raisons pour lesquelles je reviens toujours à Lomé, la bouffe serait dans le top 3. En vrai c’est la raison numéro 1. Huhuhu.
Manger akoumè ou ayimolou à Lomé tabassera toujours pour moi la possibilité d’en manger à Paris ou à New-York. L’akoumé chez les mamans de Hédzranawoé, l’eau de coco disponible à pratiquement tous les coins de rue, le foufou pilé à la main qu’on mange avec un dékou déssi au pangolin bien relevé, le ablo tout chaud, le souklékponon du jour, les beignets haricot à peine sortis de l’huile chaude, le véyi et son dja à tomber sans oublier le poisson braisé fraîchement pêché qu’on déguste les pieds dans le sable. Chaque repas est un voyage sensoriel, une reconnexion avec mes racines, un rappel que peu importe où je vais dans le monde, c’est ici que mon palais se sent chez lui.

8- Quitter Lomé
Ça peut paraître paradoxal de mettre ça dans une liste de choses que j’aime faire à Lomé, mais il faut bien l’avouer : une des choses que j’apprécie le plus dans cette ville, c’est la facilité avec laquelle on peut la quitter. Que ce soit pour aller à Accra, Cotonou, Abidjan ou même Paris, ou simplement partir visiter d’autres villes du pays comme Kpalimé ou Aného, elle est proche de tout et loin de rien. Et ces petites escapades me permettent de mieux l’apprécier quand j’y reviens. C’est comme une bouffée d’air frais qui me rappelle que même si Lomé peut parfois sembler étouffante dans sa lenteur, elle reste un excellent point de base pour explorer le reste du pays, de la région et du monde. Cette position géographique, c’est surement son atout le plus sous-estimé.
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Voilà, c’est à peu près ça mon Lomé. Si vous passez par là, ne vous attendez pas à un spectacle grandiose. Attendez-vous plutôt à une ville qui se vit doucement, au rythme de ses habitants, avec ses petits plaisirs simples et ses grandes contradictions. Et qui sait, peut-être que vous aussi ,vous vous laisserez charmer par sa lenteur vénusienne, le sourire de ses habitants, ses plages et sa gastronomie… Qui sait?