Première étape pour guérir : tout sortir, ou du moins sortir ce qui sortira.

Le jour où je suis partie pour la première fois, elle allait encore me battre (parce que non c’est pas juste une claque que je prenais, tout ce qui lui tombait sous la main y passait) et je l’ai poussé. Elle est tombée, et quand elle s’est relevée, elle m’a dit qu’à son retour elle ne voulait plus me voir chez elle. Et que de toutes façons, elle ne m’a pas mise au monde toute seule. C’était la phrase qu’elle sortait quand on osait se plaindre. Elle savait qu’on avait personne à part elle. Et elle en jouait.

Je ne peux pas tout raconter en quelques lignes mais je vais y aller quand même. Ça va me faire du bien de les poser à l’écrit. Je ne l’avais jamais fait.

Ma mère me foutait une trouille pas possible. Enfin ce n’était pas elle qui me faisait peur, c’était ses coups.

A côté, décidait de ne pas nous donner d’argent pour aller à l’école lorsqu’on allait pas à son étude biblique de merde où ils étaient tous abrutis.

Un jour j’ai décidé d’utiliser mes économies pour monter un business dans mon école. J’ai décidé de faire des sandwichs et de les vendre à mes camarades. Le premier jour qu’elle m’a vu faire, elle ne m’a posé aucune question. Quand je suis rentrée le soir, gamine que j’étais, j’étais tellement contente d’avoir tout vendu que j’ai partagé ma joie avec elle. Le lendemain, elle a demandé à mes sœurs de me donner un coup de main. Je me réveillais à 4h pour aller chercher le pain chaud et je devais tt préparer et aussi réviser et me préparer pour l’école. Le soir là quand je suis rentrée, elle m’a demandé de lui faire des comptes. J’avais mangé les 2 sandwich qui restait et elle me l’a reproché. Le 3e jour elle a demandé à mes sœurs comme la veille de m’aider, et elle a aidé aussi. Le soir, elle me demande encore de lui faire les comptes. Je pensais que ça l’intéressait de me voir faire mon truc et que c’était pour m’encourager, sauf que ce jour elle m’a demandé de lui remettre l’argent de ma recette du jour et a rajouté qu’à partir de demain, c’était une affaire familiale et que je devais lui rendre des comptes et lui donnner mes recettes.

J’étais sur le cul. Ce matin là, je ne me suis pas levée à 4h, je n’ai pas fait mes sandwichs et j’ai arrêté mon idée.

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je devais lui verser mes recettes alors que c’était mon idée, que c’était moi qui me levait à 4h et que c’était moi sur place qui vendait mes pains. J’étais dégoûtée.

Avant ça, le jour où elle a appris que je voyais un garçon, j’avais 17 ans, elle m’a ramené chez le mec à 22h tapantes pour taper un scandale et comme il n’y avait pas moyen de taper un scandale, elle m’a laissé sur place et est partie sans moi. De toutes les saloperies qu’elle m’a faite, c’est celle là que je lui reproche le plus.

Je pouvais lui parler de ce mec, mais si je ne l’avais pas fait, c’est parce que j’ai gardé les mauvais souvenirs de quand elle a appris que ma petite sœur avait un copain. Elle l’a battue à sang avec un câble électrique. Un putain de câble électrique. Ça nous a enlevé toute envie de lui parler des garçons qui nous plaisaient. Sauf après, quand ils pouvaient lui donner de l’argent.

Une autre de ses vacheries est d’avoir essayé de nous mettre en tête que les autres ne voudront jamais notre bien. Alors quand on avait des ami(e)s qu’elle ne connaissait pas, c’était des problèmes.

Je me rappelle que j’avais hâte que le jour se lève pour quitter la maison et retrouver mes amis à l’école, et que le soir sur le chemin de retour, mon cœur se serrait d’angoisse.

Ses vacheries ont crée des traumas en moi, et ces traumas m’ont déconnecté de la vraie moi.

Elle passait ses nerfs (encore plus sur moi je pense parce que je ressemble à mon père) sur nous et son insulte préférée était de nous traiter de « honvi ». Je pense que ça veut dire idiote. On se disait que c’était parce qu’elle nous a élevé seule et tout donc on lui trouvait des excuses pour justifier les traitements qu’elle nous infligeait.

Quand je lui ai présenté mon mari, elle a dit qu’il était moche. Que je pouvais avoir mieux. Like why?

Lorsque je suis rentrée en 2020 et que j’avais adopté une garde-robe minimaliste et que je ne maquillais plus, elle m’a dit que je ressemblais à une pauvre et que ça me vieillissait.

Quand elle te dit que t’es belle, c’est pour la minute d’après te dire que tu ne vaux rien. Elle sait qu’on est intelligentes, mais pour casser notre confiance en nous et nous rendre inadéquate ds les choix qu’on fait, elle va nous traiter d’idiotes. Et nous dire après quand on ripostera qu’elle nous traite d’idiotes pour qu’on ne soit pas idiotes. Really?

Lorsque je suis rentrée en 2021 et qu’on a eu une dispute parce qu’elle a voulu que j’appelle mon père pour elle, et que j’ai refusé, elle m’a traité de tous les noms d’oiseaux, et m’a dit qu’elle m’attendait au tournant quand mon mari m’aura quitté. J’ai mis des écouteurs pour ne pas entendre toutes les saloperies qu’elle a dite et j’ai décidé de partir de chez elle ce jour là. Pourtant à la base j’étais rentrée pour elle.

Quand le jour de mes 30 ans elle fait exprès de ne pas me souhaiter un bon anniversaire, j’ai fait comme si de rien n’était. Mais ça a miné les mois qui ont suivi.

J’étais tellement pas bien qu’il fallait que je lui dise que ça m’a fait mal. En plus des insultes de janvier. Vous savez ce qu’elle m’a répondu? Qu’elle ne se rappelle pas de m’avoir insulté. Heureusement que j’ai mis mon téléphone sur dictaphone pour tout enregistrer.

Depuis que je suis partie de la maison, la connaissant, je fais en sorte qu’il y ait des témoins ou je raconte à mes ami(e)s systématiquement ce qu’elle a dit. Captures d’écran et vocaux à l’appui.

Ce qu’elle aime le plus, c’est de sauver les apparences. Donc moi j’ai choisi quand j’ai compris l’enfer que c’était, de ne rien sauver du tout. Si tu connais les détails de ma vie et que tu veux te moquer, fais toi plaisir. Je n’en avais et je n’ai toujours rien à foutre des apparences. Ce que vous voyez ici, c’est ce que vous verrez en vrai.

Quand j’avais 17 ans, personne ne me croyait. On pensait que j’étais juste folle. Je ne suis pas folle. Je suis juste remplie de traumas.

Quand elle a dit implicitement à ma sœur de 21 de partir de chez elle, tout est remonté à la surface. Mon corps n’a pas encaissé le coup. J’ai fait des grosses crises d’angoisse et je me mettais à pleurer sans raison. De toutes les personnes que je connais, celle qui arrive à me faire le plus de mal, c’est ma mère. Je fais des cauchemars la nuit à son sujet. C’est pour vous dire.

J’en veux à ma mère, il m’est même arrivé de la détester, puis de me raviser et de me dire que malgré tout elle reste ma mère.

Ces dernières années, j’avais pris mes distances avec elle. Parce que j’avais remarqué que quand elle était loin de moi, ma vie était plus douce.

C’est même triste parce que quand avec mes sœurs on a fait le bilan de notre vie avec elle, on en est venues à la difficile conclusion qu’elle nous nous aime pas. C’est dur.

Sa technique préférée était celle de diviser pour régner. Elle te traite mal quand il n’y a personne aux alentours pour fournir une preuve et après elle te dit que nos histoires de famille devraient rester entre nous. La famille c’est important.

Quand ma sœur et moi on a fait le lien entre ses abus, elle nous a empêché de parler à notre petite sœur et nous faisait passer pour les méchantes aux yeux de cette dernière.

Quand on est rentrés en 2020, parce qu’on a séjourné chez la famille de notre père et qu’on avait marre de marcher sur des œufs avec elle, on lui a dit. Et ce qui en est ressorti est que ma sœur était une sorcière et que c’est parce qu’on a des personnes autour de nous qu’on se permet de l’humilier. Et là on lui a dit qu’heureusement qu’on a d’autres personnes à part elle. Sinon on serait mortes.

Oui, l’humiliation. Elle aime beaucoup utiliser ce mot. C’est la reine de la manipulation émotionnelle. We know better now.

Il y a plus grave que ces choses, mais j’arrête pas de pleurer en écrivant ces lignes donc je vais m’arrêter là.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui? Parce que j’ai besoin de me libérer de tout ça. Pendant longtemps j’ai cru qu’on y était pour quelque chose, mais maintenant je sais que ce n’est pas le cas.

On nous a fait croire que les traumas portent en eux quelque chose de honteux. On nous a fait croire que parler de ses traumas, c’est être vulnérable et qu’être vulnérable c’est être faible. C’est archi faux.

Quand on est vulnérable on renoue le contact avec tout notre potentiel. Ce n’est pas de la faiblesse. On pense que si les autres savent, ils ne nous aimeront pas. Mais laissez moi rire, on a tous des traumas. Chacun a un niveau différent. C’est juste que le système est tellement bien foutu que rares sont les gens qui parlent des abus qu’ils ont subi.

Je n’ai pas honte de mon histoire. Je n’en ai plus honte. La moi d’aujourd’hui choisis de ne plus subir les abus de qui que ce soit.

Je n’écris pas ces lignes pour que vous vous apitoyiez sur mon sort non plus. Je ne suis plus une victime. Et je n’ai pas besoin qu’on aie pitié de moi.

Le plus drôle dans tout ça c’est que je n’arrive pas à la haïr. Je n’en ai même pas envie. Je la déteste quelques fois pour ce qu’elle a fait, mais je rêve encore qu’on puisse avoir de bonnes relations sincères et authentiques. Mais c’est un rêve jusqu’ici. Et je veux arrêter de passer mes journées à ressasser ce qui pourrait ou ne pourrait pas marcher.

Ecrire ces lignes,c’est ma façon de prendre le pouvoir sur mes traumas. Les mettre à nu et leur kiss goodbye. Pour toujours. Car je ne suis pas mes traumas.

Je ne suis pas idiote, je ne suis pas nulle et mon mari est génial. C’est même la personne la plus géniale que je connaisse. Je dois beaucoup de celle que je suis grace à lui. Sans son empathie et sa patience légendaire, je ne serai pas à ce stade.

J’ai toujours su que j’étais forte, intelligente, pleine de ressource.

Ma vie est belle. J’ai des personnes en or autour de moi. Je peux compter sur eux. Il faut qu’en retour eux aussi puissent compter sur moi. Ma famille est belle et compte pour moi, et je veux qu’elle puisse compte sur moi dorénavant.

Depuis plus d’une dizaine d’années j’oscille entre deux émotions : la colère et le déni. Maintenant je veux arrêter de me faire du mal et de faire du mal par ricochet aux personnes qui apportent de la joie et de l’amour dans ma vie.

Je veux que cette colère et cette angoisse s’en aillent. Elles ne me servent à rien. Je veux transformer cette énergie en amour, en compassion et en empathie.

Et je le peux.

Car plus j’y pense, plus je me dis que tout ça n’a de l’importance que parce que je lui donne de l’importance.

(J’ai écris ces lignes d’une traite, alors s’il y a des fautes, corrigez les dans votre tête.)